Et si La Maison Dieu parlait …

« Je suis le temple : le monde entier est un autel que je sacralise. Mon existence comme la vôtre prouve à chaque battement de cœur que le monde est divin, que la chair est une célébration vivante et la vie une construction incessante. »

« Avec moi vous connaîtrez la joie, qui est la clé du sacré. Je suis la vie même, la transformation et la reconstruction, la flamme et l’énergie du vivant, de toute la matière et de tout l’esprit. Si vous voulez entrer en moi, il faudra vous réjouir, jeter au feu les caprices enfantins de la tristesse et de la peur, et vous demander à chaque réveil : quelle est la fête ? Je suis la joie cataclysmique du vivant, l’imprévu permanent, la merveilleuse catastrophe. »

« Une couronne défensive m’éloignait du monde. Un bouchon de vieilles paroles recouvrait mon esprit, et des nuages de sentiments cristallisés, momifiés, sclérosés empêchaient la lumière de surgir des battements de mon cœur. Un manteau épais de désirs transformait mon formidable appétit de vivre et geôlier. J’étais chair sans Dieu, se consumant dans les flammes de sa propre existence, mon moi converti en prison. »

« Me méprisant, m’isolant, croyant défendre un territoire intérieur qui n’appartienne qu’à moi, qui étais-je dans l’ obscurité de cette tour ? Maître de quoi ? De quel paraître, de quelle fausse identité ? Je n’étais que l’air raréfié d’une obscurité égoïste. »

« Et soudain, de l’intérieur et de l’extérieur a surgi la force innommable, l’amour qui soutient la matière. Mon sommet s’est ouvert. Mes tréfonds aussi. Les énergies du Ciel et de la matière, s’unissant, m’ont traversée comme un ouragan. J’ai connu la brûlure du centre de la Terre, la lumière du centre de l’univers. Je recevais l’axe universel, vibrant, je n’étais plus une tour, j’étais un canal. »

« Alors la joie de l’union a éclaté. Le haut était le bas, le bas était le haut. Comme une fourmi reine j’ai commencé à engendrer des êtres joyeux. Dieu était en moi, et moi je n’étais que matière en adoration. Je savais que je pouvais éclater, que chacune de mes briques traverserait l’infini comme un oiseau. Je savais que tout ce qui avait été enfermé dans la matière jaillirait à travers moi. J’étais le pilier central d’une danse cosmique, j’étais tout simplement le corps humain en pleine réception de son énergie originelle. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.

Et si le Bateleur parlait…

« Je suis dans le présent. Quelque action que je souhaite entreprendre, le temps est venu de l’engager. Tout mon avenir est en germe dans les décisions que je prends en cet instant. Faites comme moi: voyez tous les moments où vous n’êtes pas vous-même, où vous ne vivez pas dans l’ici et maintenant qui est le moment de l’éternité et le lieu de l’infini. Qu’attendez-vous? Défaites-vous de ces fardeaux inutiles que sont les reliquats du passé et la peur de l’avenir. J’incarne l’énergie que l’on appelle Conscience. Je suis absolument présent ici, dans ce corps, parmi d’autres corps, dans un espace et un temps donnés. »

« Je ne suis pas séparé de ce qui m’entoure. Je suis conscient de la multiplicité effarante de tout ce qui est. Je vous invite à vivre avec moi cet inventaire. Soyez conscient de tous les espaces, de toute la matière: arbres, planètes, galaxies, atomes, cellules. Si je suis conscient, je ne suis pas seulement un esprit limité dans une forme donnée, je deviens la totalité de l’oeuvre divine. »

« Comment être conscient? C’est simple: il ne doit pas y avoir de passé en vous, pas de futur, rien qu’un moment: le moment cosmique. Il faut couper une fois pour toutes avec les déviations de l’égo, les vieilles blessures. Il faut se détacher de tout plan, de toute souffrance, de toute programmation. C’est alors qu’on arrive à la lumière de la Conscience. Si vous êtes vivant, pour vous, dans l’instant, la mort n’existe pas. Vous avez subi des pertes dans le passé et vous en subirez peut-être dans l’avenir, mais ici et maintenant, il n’y a rien de perdu. Vous aspirez peut-être à vous perfectionner, à améliorer votre vie, mais dans le moment, il n’y a pas d’aspirations. Vous êtes là, avec tout votre potentiel. »

« Moi, le Bateleur, je prends place dans ce croisement de l’éternité et de l’infini que l’on appelle le présent. Je suis fidèle à tout ce que je suis: mon corps, mon intelligence, mon coeur, ma force créative. Ma table de chair a ses trois pieds enracinés dans le sol, je m’ancre quelque part dans la diversité, et depuis ce point, j’agis. Parmi l’infini des possibles j’en choisis un, mon denier doré, point de traction qui me mènera à la totalité. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.