Et si Le Soleil parlait …

« Je me renouvelle sans cesse. Me consumant, je donne ma chaleur à chaque brin d’herbe, à chaque animal, à tout être vivant, sans exception : j’accepte qu’on l’appelle Amour. Cycliquement je disparais et je reviens. De même, pour entrer dans ma splendeur, j’attends des êtres humains qu’ils puissent enterrer leur passé et commencer une nouvelle vie. Je les y aiderai. Là où je brille, je dissous le doute, j’entre dans les recoins les plus obscures de l’âme et et je les inonde de ma lumière. Poussés par mon haleine, vous traverserez le fleure des pulsions démentes et, purifiés, vous arriverez au lieu où tout croît sans effort. »

« Je brille au cœur de la matière, je suis son éclat, elle n’est rien sans moi. Mais lorsqu’elle se refuse à moi,  qu’elle ne me perçoit pas comme sa source vitale, c’est un cadavre. Je ne cesse de l’imbiber avec mes gouttes d’immortalité. Pour vous, mes enfants, j’engendre sans fin la joie et l’euphorie vitale. Ne soyez pas imperméables à ma lumière éternelle. Voyez comme il est bas ce mur qui vous sépare de moi. Je l’ai conçu pour que chacun puisse le sauter, c’est un jeu d’enfant. Sous mes rayons vous connaîtrez l’affection vraie, nue, sincère. Je suis la solution de toutes les difficultés. »

« Je suis l’œil pur, et en même temps la résonance du premier cri. Ce que vous appelez « obscurité » n’est que l’oubli de ma lumière, de mon amour toujours présent. J’annonce sans cesse la fin de la nuit. Tout ce qui n’est spas clair n’est pas moi. Je suis le renouvellement continuer et régénérateur, c’est que l’on attend une vie entière. On m’appelle Le Soleil mais je n’ai pas de nom, je suis l’éclat radieux de l’existence. »

« Mais que suis-je si personne ne me reflète ? Comment puis-je  être illimité si nul ne pose de limites ? Qu’est mon immortalité sans le chemin de la mort ? Qu’est mon éternel présent sans le piège du temps qui s’écoule ? Que sont mes germes d’or sans des sillons de terre pour s’y enfuir ? Qu’est mon aliment si personne ne le dévore ? En vérité, mon amour est en grande partie mon besoin de l’autre… »

« C’est pourquoi je me reproduis sans cesse. Je multiplie mon énergie en d’infinis miroirs, je me fais amant de mes propres enfants. Dans leur âme je me cherche moi-même, je parle avec moi-même. Je suis le Père universel de moi-même. Toutes les mères du monde, que j’ai fécondées, ne font rien d’autre que m’engendrer. L’enfant soleil a tous les droits. Je cède ces droits à l’humanité conscience. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.

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Et si l’Hermite parlait…

« Je suis arrivé au bout du chemin, là où l’impensable se présente comme un abîme. Devant ce néant je ne peux avancer. Il ne me reste qu’à marcher à reculons, en contemplant la route que j’ai déjà parcourue. A chaque pas en arrière, je forme devant moi une réalité. »

« Entre la vie et la mort, dans une crise continuelle, je tiens ma lampe allumée – ma conscience. Elle me sert, bien sûr, à guider les pas de ceux qui me suivent sur la voie que j’ai ouverte. Mais elle brille aussi pour me signaler moi-même : j’ai fait tout le travail spirituel que je devais faire. Maintenant, ô Mystère infini, viens à mon secours. »

« Peu à peu je me suis défait de toutes les attaches. Je n’appartiens plus à mes pensées. Mes mots ne me définissent pas. J’ai vaincu mes passions : détaché du désir, je vis dans mon cœur comme dans un arbre creux. Mon corps est un véhicule que je vois vieillir, passer, s’évanouir tel un fleuve au cours irrésistible. Je ne sais plus qui je suis, je vis dans la totale ignorance de moi-même. Pour arriver à la lumière, je m’enfonce dans l’obscurité. Pour arriver à l’extase, je cultive l’indifférence. Pour arriver à l’amour de toute chose, de tout être, je me retire dans la solitude. C’est là, dans le dernier recoin de l’univers, que j’ouvre mon âme comme une fleur de pure lumière. Gratitude sans demande, l’essence de ma connaissance est la connaissance de l’Essence. »

« Par le chemin de la volonté, je suis arrivé à la cime la plus haute. Je fus flamme, puis chaleur, puis lumière froide. Me voici qui brille, qui appelle et qui espère. J’ai connu la solitude complète. Cette prière va directement de moi à mon dieu intérieur: j’ai l’éternité devant mon dos. Entre deux abîmes, j’ai attendu et je continuerai d’attendre. Je ne peux plus avancer ni reculer par moi-même : j’ai besoin que Tu viennes. Ma patience est infinie comme Ton éternité. Si Tu ne viens pas, je t’attendrai ici même, car T’attendre est devenu ma seule raison de vivre. Je ne bouge plus! Je brillerai jusqu’à me consumer. Je suis l’huile de ma propre lampe, cette huile est mon sang, mon sang est un cri qui T’appelle. Je suis la flamme et l’appel. »

« J’ai réalisé ma tâche. Il n’y a que Toi, maintenant qui puisse la continuer. Je suis la femelle spirituelle, l’activité infinie de la passivité. Comme un coupe, j’offre mon vide pour qu’il soit comblé. Parce que je me suis aidé moi-même, maintenant, Toi, aide-moi. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.