Et si La Lune parlait …

« Vous me demandez de m’expliquer, mais je suis si loin des mots, de la logique, de la pensée discursive, de l’intellect… Je suis un état secret et indicible, je suis le mystère où commence toute connaissance profonde, lorsque vous vous immergez dans mes eaux silencieuses sans rien demander, sans tenter de définir quoi que ce soit, hors de toute lumière. Plus vous entrez en moi et plus je vous attire. Il n’y a rien de clair en moi. Je suis sans fond, toute en nuances, je m’étends dans le royaume de l’ombre. Je suis un marécage à la richesse incommensurable, je contiens tous les totems, les dieux préhistoriques, les trésors des temps passés et à venir. Je suis la matrice. Au-delà de l’inconscient, je suis la création même. Je me dérobe à toute définition. »

« Je sais que l’on m’a adorée. Depuis que les êtres humains ont développé une étincelle de conscience, ils m’ont identifiée avec elle. Comme un cœur d’argent parfait, je brillais dans la nuit enténébrée. J’étais la lumière dont ils soupçonnaient nébuleusement qu’elle régnait dans les tréfonds de leurs âmes aveugles. Je m’étais enfoncée dans toutes les obscurités de l’univers. Là, où les entités avides guettent la moindre étincelle de conscience, dimensions de folie, de solitude absolue, de délire glacé, de ce silence douloureux que l’on appelle « poésie », j’ai reconnu que pour être il me fallait aller là où je n’étais pas. »

« Je suis tombée en moi-même, chaque fois plus profondément. Je me perdais tout en descendant vers nulle part, jusqu’à ce qu’à la fin, « moi », l’obscure, je ne sois plus. Mieux encore : j’étais une concavité infinie, une bouche ouverte contenant toute la soif du monde. Un vagin sans limite, devenu aspiration totale. Alors, dans cette vacuité, dans cette absence de contours, j’ai pu enfin réfléchir la totalité de la lumière. Une lumière ardente que je transformais en son reflet froid, non pas la lumière qui engendre mais celle qui éclaire. »

« Je n’insémine pas, je ne fais qu’indiquer. Qui reçoit ma lumière connaît ce qui est, rien de plus. C’est déjà bien assez. Pour me convertir en réception totale j’ai dû refuser de donner. Dans la nuit, toute forme rigide est anéantie par ma lumière, à commencer par la raison. Sous ma clarté, l’ange est ange, la fauve est fauve, le fou est fou, le saint est saint. Je suis le miroir universel, chacun peut se voir en moi. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.

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Et si La Justice parlait…

« Là où l’esprit a la même dimension que la matière, là où on ne sait pas si la densité est la racine de l’éther, où l’éther est l’accoucheur de la densité, là, dans cet équilibre éternel et infini, je suis. L’accomplissement de l’univers est ma justice; qu’elle donne à chaque galaxie, à chaque soleil, chaque planète, chaque atome la place qu’ils méritent. Grâce à moi le cosmos est une danse. Chaque naissance, chaque spirale, chaque étoile qui s’éteint a sa place dans l’univers. Je permets à chaque être d’être ce qu’il est; chaque poussière, chaque comète, chaque être humain mérite d’accomplir la tâche que la Loi suprême lui a donnée. A la moindre déviation de ce décret, je prononce le châtiment suprême : celui qui dévie sera expulsé du présent. »

« Le bien que tu fais aux autres, je te le rends. Ce que tu ne donnes pas, je te l’enlève. Quand tu détruis, je t’élimine. Non seulement je dissous ta matière, mais j’efface toute trace de toi dans la mémoire du monde. »

« Quand j’apparais dans le corps d’une femme, elle devient une mère véritable. Enfanter, c’est donner un lieu dans l’ici et maintenant à la Conscience infinie. Moi, mère universelle, je me situe au croisement éclatant et monumental où l’océan de la matière entre en contact avec l’âme impalpable, qui se désintègre comme une pluie pour faire vivre chaque fragment dense. »

« Je suis cette perfection qui ne demande aucun ajout et ne tolère aucune soustraction : tout ce que l’on me donne, je l’avais déjà; tout ce que l’on m’enlève n’existait pas en moi. Chaque instant est juste, parfait. De l’action j’élimine toute intention subjective. Je permets que les choses soient exclusivement ce qu’elles sont. Je donne à chacun ce qu’il mérite : à l’intellect, le vide; au coeur, la plénitude d’amour; au sexe, le plaisir de la création; au corps la prospérité, qui n’est autre que la santé; à la cinquième essence, la Conscience, je lui donne son centre qui est le dieu intérieur. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.