Et si L’Etoile parlait …

« Dans l’infinie multiplicité des êtres et des choses, j’ai trouvé ma place – dans le monde et en moi-même, car c’est la même chose. Je n’ai plus besoin de chercher, je n’ai plus aucune image de moi-même, je suis à ma place. Ici, et partout, volontairement attachée.

« Je suis dans chaque particule de poussière, dans chaque territoire, chaque cours d’eau, chaque étoile, chaque partie de mon corps. Et comment ne respecterais-je pas le monde, et mes os, et ma chair ? Toute cette matière n’est pas à moi, elle m’a été prêtée, rien que pour un fragment de temps. Et je la respecte, car elle est mon temple – celui où réside l’impensable Dieu. L’esprit est matière et la matière est esprit, constamment l’univers naît et éclate, et au centre de lui, là où je me suis agenouillée, je suis. »

« Si je dis ‘Je suis là’, je veux dire que je suis en cela qui soutient toute vie, dans cette source incessante d’énergie que je distribue par mon esprit, mon cœur, mon sexe. Energies d’une pureté sublime, qui en jaillissant de moi nettoient le monde. Je rends son parfum à l’atmosphère, sa douceur aux eaux du fleuve, sa fertilité à la terre, et leur vie à tous les  océans. Il n’y a pas un endroit dans le cosmos dont je sois absente. »

« En chaque instant, jamais je n’abandonne la présent. Ni le passé, ni l’avenir ne peuvent m’enchaîner. Ni les regrets, ni les projets. Constante, fidèle à mon lieu, je reçois et je donne. Et quand je dis: ‘Je suis du monde et de moi-même’, cela signifie que je me rends sans réticence, éliminant jusqu’à sa racine la plus obscure toute critique. Je ne juge pas. J’aime et je sers. »

« Je ne me sépare pas, pas même de l’épaisseur d’un cheveu, j’appartiens – c’est-à-dire que je vénère, j’obéis. C’est pour cela que je suis nue, nue comme un arbre, un oiseau ou un nuage. Je suis de mon corps, de ma chair et de mon sang; étant, il m’est impossible d’abandonner ou de m’abandonner moi-même. Comment ne pas aimer ce qui me possède amoureusement ?  »

« De même que je me donne à la terre, je me donne à ma chair et à mes os. Comme je me confie aux océans, je me confie à mon sang. Comme je me livre à l’air, je me livre à ma peau; comme je m’en remets aux étoiles, je m’en remets à mes cheveux .Et pleine de cet amour d’esclave, radieuse, j’agis sur le monde et sur moi-même. J’agis, c’est-à-dire que je vais avec le monde, éliminant les obstacles, transmettant l’énergie qui vient de par-delà les étoiles. Je ne fais qu’enrichir et purifier, et nourrir, et comprendre, et purifier. De même j’agis sur moi : je m’ouvre vers tous les infinis, je laisse l’haleine des dieux circuler par tous les pores de ma peau, je n’offre aucune résistance à la circulation impétueuse de mon sang. Je permets à tous les mystères de me traverser. Et au centre de mon ventre, devenu infini, je reçois et je laisse naître la totalité de ma lumière. »

17-etoile

Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.

Et si Le Chariot parlait…

« Je suis plein, absolument plein de force. Rien n’est gaspillé : enraciné dans la planète, amant de toutes ses énergies, c’est avec elles que je me meus. Tel un chevalier de feu, je ne bouge pas de ma place. Je ne rampe pas sur la terre. Je vois d’en haut. Je voyage avec le temps sans jamais sortir de l’instant. Sans passé, sans futur, unique temps possible : le présent, tel un incommensurable bijou. Tout ce qui est ici n’est nulle part ailleurs. »

« Je suis la source de tous les guerriers, des champions, des héros, de toute endurance et de tout courage. Rien ne m’effraie, aucune tâche. Je peux partir en guerre ou nourrir tous les habitants de la Terre. Je suis absolument centré, en plein milieu de l’univers, traversé par toutes les énergies de la matière et de l’esprit. Si je suis une flèche, je fends mon propre coeur et cette blessure profonde, cette conscience, me transforme. Pour celui qui est éveillé, la souffrance devient une bénédiction. Je dissous les souffrances cachées dans mes os, j’unis l’état de veille au sommeil. »

« Je traverse la nuit du doute sur l’abîme de moi-même. Je tranche le noeud des énigmes. Je dépasse l’angoisse d’être, je méprise les apparences, je libère les sentiments de la raison, je détruis ce qui s’oppose à moi, je suis qui je suis. Je veux vivre aussi longtemps que l’univers. »

« Centre d’une sphère grandissante, j’envahis la dimension où la pensée ne se manifeste pas encore, où dans l’obscurité s’accomplit la gestation de l’action pure. Je réduis en poussière les essaims de paroles. Aucun miroir ne m’effraie, pas même l’âme qui se détache des morts comme un fruit désséché. »

« J’ai fait de ma malchance un diamant, de chaque abîme une source d’énergie. Tous les soleils peuvent mourir, je continuerai à briller. La force inconcevable qui soutient l’univers me soutient aussi. Je suis le triomphe de l’existant dans la vacuité. Toutes les morts et toutes les persécutions ne peuvent rien pour m’abattre, ni les cycles de l’histoire, ni le déclin successif des civilisations : je suis la conscience et la force vitale de l’humanité. »

« Lorsque je m’incarne en vous, les échecs deviennent de nouveaux points de départ, et dix mille raisons de renoncer ne valent rien au regard d’une seule raison de continuer. Je connais la peur, je connais la mort, elles ne m’arrêtent pas. Je suis la force d’action présente en chaque être vivant, le triomphe de la nature. Je sais créer, je sais détruire, je sais conserver, tout cela avec la même énergie irrésistible. Je suis l’activité même de l’univers. »

« J’avance vers toutes les dimensions de l’espace, brisant les horizons, jusqu’à arriver au but, qui est le masque du commencement. Reculant aussi, de vide en vide, à droite, à gauche, vers le bas et le haut, écartant des galaxies jusqu’à me dissoudre dans l’absence affolante, mère du premier cri qui soutient tout. »

« Je suis le triomphe de l’unité dans le brisement du verbe, je suis le triomphe de l’infini dans la crémation des ultimes limites, je suis le triomphe de l’éternité, dans mon coeur les dieux s’évanouissent. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.