Et si Le Pendu parlait…

« Je suis dans cette position parce que je le veux. C’est moi qui ai coupé les branches. J’ai délivré mes mains du désir de saisir, de m’approprier, de retenir. Sans abandonner le monde, je me suis retiré de lui. Avec moi vous pouvez trouver la volonté d’entrer dans l’état où il n’y a plus de volonté. Où les mots, les émotions, les relations, les désirs, les besoins ne vous attachent plus. Pour me détacher, j’ai coupé tous les liens sauf celui qui m’unit à la Conscience. »

« J’ai la sensation de tomber éternellement vers moi-même. A travers le labyrinthe des mots je me cherche, je suis celui qui pense et non ce qui est pensé. Je ne suis pas les sentiments, je les observe depuis une sphère intangible où il n’y a que la paix. A une distance infinie de la rivière des désirs, je ne connais que l’indifférence. Je ne suis pas un corps, mais celui qui l’habite. Pour arriver à moi-même, je suis un chasseur qui sacrifie la proie. Je trouve la brûlante action dans l’infinie non-action. »

« Je traverse la douleur pour trouver la force du sacrifice. Peu à peu je me défais de tout ce que l’on pourrait appeler « moi ». Je rentre en moi-même incessamment, comme dans une forêt enchantée. Je ne possède rien, je ne connais rien, je ne sais rien, je ne veux rien, je ne peux rien. »

« Cependant des univers entiers me traversent, viennent me remplir de leurs tourbillons, puis s’en vont. Je suis le ciel infini qui laisse passer les nuages. Qu’est-ce qu’il me reste? Un seul regard, sans objet, conscient de lui-même, faisant de lui-même la dernière et ultime réalité. Alors j’éclate en pure lumière. Alors je deviens l’axe d’une danse totale, l’eau bénite où viennent boire les assoiffés. »

« C’est à ce moment-là que je suis l’air pur qui chasse les atmosphères empoisonnées. C’est à ce moment-là que mon corps attaché devient source cataclysmique de la vie éternelle. »

« Je ne suis plus qu’un cœur qui bat, qui propulse la beauté vers les confins de la création. Je deviens la douceur paisible dans toute douleur, l’incessante gratitude, la porte qu conduit les victimes à l’extase. Le chemin en pente par lequel on se glisse vers le haut. La lumière vive qui circule dans l’obscurité du sang. »

12

Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.

Publicités

Et si La Papesse parlait …

« J’ai fait alliance avec ce mystère que j’appelle Dieu. Depuis lors, je ne vois dans le monde matériel que Sa manifestation. Lorsque je contemple ma propre chair, du bois, de la pierre, j’y décèle l’énergie et la présence du Créateur. Chaque nuance, chaque tissu, chaque variation de la réalité est une de Ses apparences qui se manifeste dans Son infinie variété. Je vis dans le monde de l’énergie divine. Je palpite avec toute la matière, sous mes pieds la planète entière frémit : elle est encore une manifestation de Lui, plus vaste. Je vibre au diapason de l’univers, avec le feu, les océans, les tempêtes, les étoiles… L’énergie de toute la création vient à moi. »

« Et cependant, je suis un être vierge. Rien n’est entré en moi que l’impensable Dieu, je ne connais pas l’impureté. »

« Je ne peux prendre contact avec vous que dans cette dimension intouchée et sacrée de votre être, votre essence virginale. Si vous venez me parler de passion, de sexualité, d’émotion, je ne vous comprendrai pas. Je suis bien au-delà de tout cela, au-delà de toute angoisse et même de la mort. Car si Dieu est dans la matière, elle est immortelle, et je n’ai plus aucune peur ni aucun désir. »

« Je vous offre donc de me rejoindre avec ce qu’il y a de divin en vous. Si vous devenez comme moi, vous pourrez entrer en moi. Votre souffrance est impure, votre passé est impur, ne venez pas à moi avec ce qui est pollué, sortez de cet état. Car l’impureté est une illusion, de même que la culpabilité. Acceptez la splendeur virginale de votre être ! Il y a en vous tous, êtres humains, un état qui ne se donne jamais qu’à Dieu, qui ne peut être possédé que par Lui et qui est constamment en relation avec Lui. Il en est de même pour tout le monde vivant: dans chaque plante il y a un centre intact. Dans tout langage, c’est l’inneffable contenu dans les mots qui vous parle. »

« Comprenez que rien n’est à vous, que vous ne possédez pas ce corps, ces désirs, ces émotions, ces pensées. Tout cela est à Lui, à l’inconnu éternel et infini qui vous habite. Donnez-vous à Lui. Recevez-Le. »

« Je suis impitoyable, j’exige que vous fassiez ce travail et que vous abandonniez, pour vous unir à moi, tout ce qui n’est pas digne de devenir le calice où la divinité pourra se loger. Je suis comme ces temples où l’on pratique l’exorcisme, où il faut ôter ses chaussures pour entrer, où l’on purifie l’air avec des encens, où on lave les croyants avec de l’eau bénite. »

« En union avec la puissance que je perçois dans tout, mes faiblesses et mes doutes s’évanouissent. J’habite mon corps comme un lieu sacré, je peux à chaque instant me donner la place qui me correspond. Je suis plongée dans mon oeuvre et personne ne m’en fait dévier. Personne ne peut me prendre ou m’attacher avec ses sentiments, ses désirs, ses projections mentales. On ne me distrait pas. Nul ne peut me faire dévier de ce que je veux. Moi-même, je ne veux rien, j’obéis à la Volonté divine. »

« Je ne suis pas indulgente, je suis inflexible. Je ne détiens aucun secret, car je suis vide. Je me donne à Dieu, qui est le seul secret. »

2

Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.