Et si la Tempérance parlait…

« Je suis avec vous en permanence. Il n’y a pas une seconde où je ne sois pas avec vous, car mon essence véritable est d’être gardien. Vous n’imaginez pas le nombre de dangers et de maladies desquels je vous sauve. Je suis là, je vous surveille. Lorsque vous rêvez je veille sur vos rêves, j’écarte les cauchemars. »

« Je vous aime infiniment. Fiez-vous à moi car lorsque vous cessez de croire en ma bienveillance, je deviens de plus en plus minuscule et invisible, je perds une partie de mon pouvoir. Mais dès que vous recommencez à me voir, j’agis de mieux en mieux, à l’intérieur de vous comme dans le monde extérieur. De même qu’une mère donnerait son enfant en garde à une personne de confiance, vous pouvez vous confier à moi comme un enfant : je vous protégerai. Combien d’entre vous ont soudain pris conscience de mon existence au moment où une voiture allait les renverser et où je les ai tirés en arrière? Ou lorsque je les ai dissuadés de monter dans un avion qui allait exploser en vol? Ou encore lorsque j’ai arrêté leurs pas à quelques centimètres de l’abîme? »

« Je suis l’équilibre et la prospérité. Je suis la voix intérieure qui s’exclame : « Attention! », et qui vous évite l’erreur fatale, l’accident, le geste irréversible. »

« Pour vous, je suis en état d’alerte constante. Je suis la bienveillance de l’univers. Je communique avec la nature et toutes les entités qui gouvernent le monde pour qu’elles vous soient favorables, j’intercepte les dangers, je guide les échanges. Je suis présent(e) au nord, au sud, à l’est et à l’ouest, aux quatre coins du monde, pour que vous viviez en tout confiance. »

« On m’a appelé(e) ‘ange gardien’, c’est ainsi que l’Eglise m’a rêvé(e), sous une apparence enfantine. Je suis cela, et je suis aussi beaucoup plus que cela. Je suis une part de votre inconscient, sa part bienveillante, celle qui vous aide et vous surveille jusque dans votre sommeil. Je suis là pour vous pousser à agir lorsqu’une action est bonne pour vous. Faites-moi confiance : je suis là pour vous équilibrer. Ceux qui souffrent et se torturent ne me connaissent pas, et pourtant je suis là pour eux aussi. J’attends seulement qu’ils me voient, qu’ils m’appellent. »

« Je ne vous demande qu’une chose : me reconnaître. Si vous me reconnaissez, vous n’êtes pas seul. Mais alors, me direz-vous, que faut-il pour m’atteindre ? Je vous répondrai : il faut commencer par m’imaginer. Vous pouvez d’abord invoquer mon image enfantine d’ange gardien, c’est un bon début. Jouez avec moi comme l’enfant qui parle à son ange. Faites comme si j’existais. Imaginez que je suis là, auprès de vous, tout le temps, et que mon seul but est de vous aider. Et surtout, comme un enfant confiant, acceptez mon aide. »

« Abandonnez vos défenses. Lorsque vous avez besoin de quelques chose, demandez-le moi à voix haute: ‘Mon ange gardien, aide-moi, intercède pour moi dans ce problème, dans cette difficulté…’ Je répondrai à toutes vos demandes, qu’elles soient pratiques ou spirituelles. Demandez-moi de vous protéger, j’aime vous protéger. Dites-moi : ‘Mon protecteur, veille sur ma santé, aide-moi à trouver un travail qui me plaise vraiment, où je me réalise comme un être humain, qu’il ne manque rien à ma famille’. »

« Ou dites-moi: ‘Mon protecteur, aide-moi à garder le calme dans ces circonstances difficiles, aide-moi à progresser et à développer ma conscience, donne-moi la force, améliore ma santé, et fais que chaque jour je me rende utile à ceux qui m’entourent. J’ai confiance en toi’. »

« Même si vous ne croyez pas en moi, imitez cette croyance, et peu à peu je commencerai à apparaître. Le temps est mon allié, car il vous apporte toujours plus de sagesse. Je suis avec vous depuis la naissance jusqu’à ce moment que l’on appelle la mort, et qui est une autre naissance. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.

 

 

 

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Et si l’Arcane XIII parlait…

« Si tu te presses, tu me rattraperas. Si tu ralentis, je te rattraperai. Si tu marches tranquille, je t’accompagnerai. Si tu te mets à tourner, je danserai avec toi. Puisque notre rencontre est inéluctable, fais-moi face tout de suite! Je suis ton ombre intérieure, celle qui rit derrière l’illusion que tu appelles réalité. Patiente comme une araignée, enchâssée comme un bijou dans chacun de tes instants, tu partages ta vie avec moi – ou si tu t’y refuses, tu ne vivras pas dans la vérité. Tu pourrais fuir à l’autre bout du monde, je serais toujours à tes côtés. Depuis que tu es né, je suis la mère qui ne cesse de te mettre au monde. Réjouis-toi donc! Ce n’est que lorsque tu me conçois que la vie prend son sens. L’insensé qui ne me reconnaît pas s’accroche aux choses sans voir qu’elles sont toutes à moi. Il n’en est aucune qui ne porte mon sceau. Permanente impermanence, je suis le secret des sages : ils savent qu’ils ne peuvent avancer que sur mon chemin. »

« Ceux qui m’assimilent deviennent des esprits puissants. Ceux qui me nient, en cherchant vainement  à s’échapper, perdent  les délices de l’éphémère : tout en étant, ils ne savent pas être. Tout en agonisant, ils ne savent pas vivre. »

« Les enfants ne m’imaginent pas. S’ils pouvaient le faire ils cesseraient d’être enfants, car je suis la fin de l’enfance. Celui qui me rencontre sur son chemin devient adulte : il sait qu’il m’appartient. Je dévore ses difficultés, ses triomphes, ses échecs, ses amours, ses déceptions, ses plaisirs, ses douleurs, ses parents, ses enfants, son orgueil, ses illusions, sa richesse, je dévore tout. Ma voracité n’a pas de limite, je dévore même ses dieux. Mais au dernier d’entre eux, à l’authentique, une fois les masques dissous dans mes entrailles, je m’y casses les dents. Et son indescriptible mystère, en sa présence absente, en son absence présente, je me tue moi-même. Je n’engloutis que les ego. Chacun a un goût différent, tous plus fétides et amers les uns que les autres. »

« Grâce  à moi, tout devient poussière et tout s’effondre. Mais ne pense pas que c’est une tragédie. Je fais de la destruction un processus d’une splendeur extrême. J’attends que la vie se manifeste jusqu’à atteindre sa plus grande beauté, puis j’apparais pour l’éliminer avec la même beauté. Lorsqu’elle parvient à la limite de sa croissance, je commence à la détruire avec le même amour qui a été employé pour la construire. Quelle joie ! Quelle incommensurable joie ! Ma destruction permanente ouvre la voie à la création constante. S’il n’y a pas de fin, il n’y a pas de commencement. Je suis au service de l’éternité, de ton éternité. Si tu te donnes à la transformation, tu deviens le maître du moment éphémère, car tu le vis dans son intensité infinie. C’est à cause de moi que naît le désir  dans les ventres, dans les sexes. Le coït sert à conquérir l’éternité. »

« Si tu n’avais pas de corps matériel, je n’existerais pas. Lorsque tu deviens pur esprit, je disparais. Sans matière je ne suis plus. Alors ose déposer tes os et ta chair dans ma gueule ! Pour triompher il faut que tu me donnes de toit tout ce qui, en vérité, a toujours été à moi. Tes idées, tes sentiments, tes désirs et tes besoins, tout cela m’appartient. Si tu veux garder quelque chose, si minime fût-elle, toi qui n’es rien et qui ne possèdes rien, tu te perdras. Tu perdras l’éternité. »

« Comprends-le: en mon extrême noirceur, je suis l’œil de cet impensable que tu pourrais appeler Dieu. Je suis aussi Sa volonté. Grâce à moi tu reviens à Lui. Je suis la porte divine : qui entre sur mon territoire est un sage, et qui ne peut franchir mon seuil consciemment est un enfant peureux caparaçonné dans ses détritus. En moi il faut entrer pur : défais-toi de tout, défais-toi même du détachement, annihile-toi. Ce n’est que lorsque tu disparais que Dieu apparaît. »

« Tu veux la force? En m’acceptant tu es le plus fort. Tu veux la sagesse? En m’acceptant tu es le plus sage. Tu veux le courage? En m’acceptant tu es le plus courageux. Dis-moi ce que tu veux ! Si tu deviens mon amant, je te le donnerai. Lorsque tu sens que je fais partie de ton corps, je transforme la conception que tu as de toi-même, je te rends mort en vie et je t’accorde le regard pur des morts : deux trous sans attaches par lesquels seul Dieu regarde. L’instant, alors, devient terrible, tout se transforme en miroir et tu te vois en tout être, en tout forme, en tout processus. Ce que tu appelles « la vie » devient une danse d’illusions. Il n’y a plus de différence entre la matière et la rêve. »

« Ne tremble pas, ne crains pas, réjouis-toi ! La vie, quoique irréelle et éphémère, dans l’instant révèle sa plus grande beauté. En me donnant ton regard tu comprendras enfin que c’est un miracle d’être en vie. »

« Je n’aime pas qu’on me rencontre avant l’heure. Je souhaite que l’on m’appelle au moment précis où l’on a compris ce que je suis. Si l’on me presse en se suicidant, je n’apporte aucune sagesse, car on me travestit en vulgaire destruction. Je ne suis pas un malheur absurde, j’ai une signification profonde, je suis la grand Initiatrice, le Maître impalpable tapi sous la matière. Lorsqu’on me sollicite de manière insensée on me met en colère, on me fait agir contre ma volonté. Seuls ceux qui arrivent à moi en pleine conscience me donnent la jouissance suprême. Mais la majorité des être, ignorants, viennent à moi par la guerre, le crime, le vice, la maladie, les catastrophes. Rares sont ceux qui atteignent cet état de conscience pure où je deviens l’apogée de la réalisation. Ceux-là ne cessent de me reconnaître, alors que les autres, je les surprends. Celui qui se résigne comprend et accepte d’être ma proie, vit avec facilité, dans la liberté et la joie, confiant face aux agressions, sans cauchemar, réalisant ses désirs : en perdant l’espérance on perd aussi la peur. »

« Ne me tends pas la main, car immédiatement je la ferais pourrir. Offre-moi ta conscience. Disparais en moi, pour enfin être la totalité ! »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.

Et si Le Pendu parlait…

« Je suis dans cette position parce que je le veux. C’est moi qui ai coupé les branches. J’ai délivré mes mains du désir de saisir, de m’approprier, de retenir. Sans abandonner le monde, je me suis retiré de lui. Avec moi vous pouvez trouver la volonté d’entrer dans l’état où il n’y a plus de volonté. Où les mots, les émotions, les relations, les désirs, les besoins ne vous attachent plus. Pour me détacher, j’ai coupé tous les liens sauf celui qui m’unit à la Conscience. »

« J’ai la sensation de tomber éternellement vers moi-même. A travers le labyrinthe des mots je me cherche, je suis celui qui pense et non ce qui est pensé. Je ne suis pas les sentiments, je les observe depuis une sphère intangible où il n’y a que la paix. A une distance infinie de la rivière des désirs, je ne connais que l’indifférence. Je ne suis pas un corps, mais celui qui l’habite. Pour arriver à moi-même, je suis un chasseur qui sacrifie la proie. Je trouve la brûlante action dans l’infinie non-action. »

« Je traverse la douleur pour trouver la force du sacrifice. Peu à peu je me défais de tout ce que l’on pourrait appeler « moi ». Je rentre en moi-même incessamment, comme dans une forêt enchantée. Je ne possède rien, je ne connais rien, je ne sais rien, je ne veux rien, je ne peux rien. »

« Cependant des univers entiers me traversent, viennent me remplir de leurs tourbillons, puis s’en vont. Je suis le ciel infini qui laisse passer les nuages. Qu’est-ce qu’il me reste? Un seul regard, sans objet, conscient de lui-même, faisant de lui-même la dernière et ultime réalité. Alors j’éclate en pure lumière. Alors je deviens l’axe d’une danse totale, l’eau bénite où viennent boire les assoiffés. »

« C’est à ce moment-là que je suis l’air pur qui chasse les atmosphères empoisonnées. C’est à ce moment-là que mon corps attaché devient source cataclysmique de la vie éternelle. »

« Je ne suis plus qu’un cœur qui bat, qui propulse la beauté vers les confins de la création. Je deviens la douceur paisible dans toute douleur, l’incessante gratitude, la porte qu conduit les victimes à l’extase. Le chemin en pente par lequel on se glisse vers le haut. La lumière vive qui circule dans l’obscurité du sang. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.

Et si La Force parlait…

« Je vous attendais. Je suis le début du nouveau cycle, et après tout ce que vous avez accompli vous ne pourriez pas vivre si vous ne me rencontriez pas. Je vous apprendrai à vaincre la peur : avec moi vous serez prêts à tout voir, à tout entendre, à tout goûter, à tout toucher. Les sens n’ont pas de limites, mais la morale est faite de peurs. Je vous ferai voir l’immense marécage de vos pulsions, les sublimes comme les ténébreuses. Je suis la force obscure qui monte en vous vers la lumière. »

« Du centre des profondeurs, des souterrains de mon être, jaillit mon énergie créatrice. Je prends racine dans la vase, dans ce qu’il y a de plus dense, de plus terrifiant, de plus insensé. Comme un feu brûlant mon sexe exhale des désirs qui, à première vue, semblent de nature bestiale, mais qui ne sont que le chant enfoui dans la matière depuis l’origine de l’univers. »

« Mon intellect, lumière venue des étoiles, froide comme l’infini, agit sur la chaleur éternelle du magma pour produire le rugissement créateur. Ciel et Terre s’unissent dans ce cri, éveillant le monde. Je peux faire que chaque humble pierre devienne une oeuvre d’art. Je peux faire pousser sur des arbres rachitiques des fruits gorgés de sucs. Je peux transformer la ligne d’horizon en une entaille pourpre, vivante, comme un long et interminable rubis. Chacune des traces que mes pieds puissants laissent dans la boue devient une ruche qui répand du miel. »

« Je laisse circuler dans mon corps de bas en haut, comme les vagues d’un océan déchaîné, la poussée sublime et féroce dont le monde a besoin. Appelez-la comme bon vous semblera : puissance sexuelle, énergie de la matière, dragon, kundalini, … C’est un chaos incommensurable qui prend forme à l’intérieur de moi. Dans mon ventre un diable et un ange s’unissent, formant un tourbillon. Tel un arbre, j’étire mes branches vers le ciel tout en enfonçant mes racines dans la terre. Je suis une échelle par laquelle l’énergie simultanément monte et descend. Rien ne m’effraie. Je suis le commencement de la création. »

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Source: La Voie du Tarot, Alexandro Jodorowsky.